
Blancpain Lady B : 19 mm pour raconter Betty Fiechter
Blancpain a présenté le 17 septembre 2026 la Lady B, une montre mécanique de 19 mm de diamètre lancée pour les 70 ans de la collection Ladybird. Le nom demande une explication. Le « B » ne renvoie pas à la marque mais à Betty Fiechter, qui a acquis puis dirigé l’entreprise pendant plus de trois décennies, et sous la direction de laquelle la Ladybird originelle est née en 1956. La montre est disponible depuis le jour de son annonce, en boutiques Blancpain et chez les revendeurs agréés.

Une référence précise : la Ladybird Bullet de 1956
La Lady B ne s’inspire pas de l’ensemble de la collection mais de sa toute première montre, la Ladybird Bullet. Sa singularité tenait à la fixation du bracelet : celui-ci ne passait pas par des cornes mais traversait une fente ménagée dans le fond du boîtier. Les publicités de l’époque présentaient la Ladybird comme la plus petite montre ronde du monde et parlaient de miracle technique. Présentée à la Foire suisse d’échantillons de Bâle en 1956, elle était décrite comme réunissant la précision et la fiabilité d’une montre de taille normale dans le plus petit volume jamais atteint.

Le R52/R55, deux innovations pour tenir en 11,85 mm
Le calibre d’origine mesurait 11,85 mm de diamètre pour 3,7 mm d’épaisseur. Atteindre cette dimension sans sacrifier la robustesse a supposé deux partis pris techniques que Blancpain détaille aujourd’hui.
Le premier est l’ajout d’une cinquième roue au rouage. Un mouvement conventionnel en compte quatre, du barillet à la roue des secondes ; la roue supplémentaire permet de contrôler la force arrivant à l’échappement tout en réduisant l’encombrement général. Le second est l’intégration d’une protection antichoc pour le balancier, élément que la plupart des très petits calibres omettaient à l’époque, au prix de leur fiabilité.
Le résultat, le R52/R55 à couronne latérale, est composé de 133 pièces usinées et contrôlées au deux millième de millimètre. Son balancier, décrit comme exceptionnellement lourd dans la publicité d’époque, reçoit 22 vis en or massif et assure 40 heures de réserve de marche. Une variante à couronne au dos, le R520/R550, suivra et libérera les flancs du boîtier, ouvrant la voie aux déclinaisons joaillières. Ce calibre reste à ce jour le plus petit mouvement mécanique rond jamais produit en série.
Son succès dépasse rapidement Blancpain : Omega et Longines l’adoptent pour animer leurs propres créations. En interne, il donne naissance à une profusion de montres-bijoux, manchettes en or, joncs sertis, compositions mêlant corail, pierres dures et diamants, bagues et pendentifs.

Une sphère de 2,9 cm³
Le boîtier de la Lady B mesure 19 mm de diamètre pour 13,20 mm d’épaisseur. Ces proportions, presque aussi hautes que larges, produisent une forme sphérique que Blancpain quantifie par un volume plutôt que par un diamètre : 2,9 cm³. La maison indique avoir eu besoin de plus d’une trentaine de plans techniques pour la seule géométrie du boîtier.
La construction se fait en deux parties, supérieure et inférieure. Le fond, légèrement plus petit que la lunette, disparaît lorsque la montre est vue de dessus, et la ligne de jonction entre les deux est volontairement effacée par le jeu des volumes et du polissage. L’objectif affiché est celui d’un volume qui paraisse monolithique, ce qui suppose d’obtenir un poli continu sur une sphère de cette taille. L’étanchéité est de 30 mètres.
Les finitions sont exécutées à la main sur une montre déjà assemblée, chaque zone étant protégée pendant le travail de la suivante. Blancpain précise que les gravures ne sont pas confiées au laser mais usinées à la fraise mécanique.
Le bracelet traverse le fond de boîte
Comme la Bullet de 1956, la Lady B n’a pas de cornes. Le bracelet en veau de 10 mm passe par une ouverture usinée dans la masse, d’une section de 10 sur 1,6 mm, réalisée d’un seul tenant. L’intérieur est microbillé pour que le cuir glisse, les cassés d’angle et les rayonnages étant repris à la main au cabron. Le bracelet se porte en double tour et se ferme par une boucle ardillon assortie au métal du boîtier. Sept coloris sont proposés : blanc, beige, moka, bordeaux, bleu, corail et violet.

Le cadran
Identique sur les deux versions, le cadran reçoit une teinte beige opalin obtenue par incrustation d’or et n’est pas serti. Les index bâtons appliqués sont en or, rouge sur la version or rouge et gris sur la version acier, et mesurent 1,82 sur 0,39 mm. Le rehaut entièrement poli agit comme un miroir et prolonge les courbes du boîtier. La couronne porte les initiales JB, pour Jehan-Jacques Blancpain.
Le calibre 615, trente ans de service
Le mouvement est le calibre de manufacture 615, automatique, introduit en 1995. Il mesure 15,70 mm de diamètre pour 3,90 mm d’épaisseur, ce qui en fait l’un des plus petits mouvements mécaniques automatiques ronds actuellement produits. Il compte 180 composants et 29 rubis, bat à 3 Hz soit 21 600 alternances par heure, offre 38 heures de réserve de marche et reçoit des ponts décorés de Côtes de Genève. Un spiral en silicium fait partie des évolutions intégrées au fil des années. La géométrie du fond de boîte a été dessinée pour accompagner la trajectoire de la masse oscillante.
Le choix mérite d’être souligné. Blancpain n’a jamais produit de montre à quartz, y compris pendant la crise des années 1970, et n’a pas fait exception ici alors même que le format aurait pu le justifier. Contenir un mouvement automatique dans un tel volume suppose de résoudre des problèmes de couple et de fiabilité que la miniaturisation rend nettement plus aigus.
Betty Fiechter, une trajectoire longtemps restée en marge
Berthe-Marie Fiechter entre en apprentissage chez Blancpain à Villeret en 1912, à 16 ans. Elle y gravit les échelons et prend en charge la production et la gestion commerciale des ateliers, tandis que Frédéric-Émile Blancpain, septième et dernier représentant de la famille à la tête de l’entreprise, reste le plus souvent à Lausanne.
À la mort de ce dernier en 1932, aucun successeur familial ne se présente. Betty Fiechter et le directeur commercial André Léal empruntent auprès de plusieurs bailleurs de fonds pour racheter la manufacture. La législation suisse ne permettant plus à l’entreprise de porter le seul nom Blancpain en l’absence d’un dirigeant issu de la famille, celle-ci est rebaptisée Fabrique d’Horlogerie Rayville S.A., Rayville étant une anagramme phonétique de Villeret. Le nom Blancpain continue de figurer sur les cadrans.



Léal meurt en 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Betty Fiechter se retrouve seule à la tête d’une entreprise de plus de 200 collaborateurs, dans un pays où les femmes n’obtiendront le droit de vote fédéral qu’en 1971. Elle prend sa retraite en 1968.
La stratégie mise en place pendant cette période explique en partie pourquoi sa trajectoire est restée discrète. La manufacture fournit des mouvements aux grandes maisons américaines, Gruen, Lucien Piccard, Elgin et Hamilton, tout en préservant l’expertise technique de sa propre production. Autrement dit, une part considérable du travail accompli à Villeret a été vendue sous d’autres noms, ce qui laisse peu de traces dans les récits de marque.
En 1950, son neveu Jean-Jacques Fiechter la rejoint. Elle organise pour lui un programme d’un an couvrant tous les aspects de l’entreprise avant de l’accueillir au conseil de direction. Le tandem façonnera la manufacture pendant deux décennies et donnera naissance à deux montres qui la définissent encore : la Fifty Fathoms en 1953 et la Ladybird en 1956.
Une exposition itinérante, étape parisienne en octobre
Près d’une trentaine de créations Ladybird historiques conservées dans les archives de Blancpain seront réunies pour la première fois dans une exposition itinérante. Le calendrier 2026 prévoit New York du 14 au 20 septembre, Shanghai Xitiandi du 17 au 27 septembre, Paris Faubourg Saint-Honoré du 15 au 24 octobre, la Omotesando Standby Gallery de Tokyo du 17 au 25 octobre et Youthquake à Séoul du 11 au 15 novembre. D’autres étapes sont annoncées pour 2027.
Prix et disponibilité
La Blancpain Lady B, référence 0064, intègre la collection permanente et n’est donc pas limitée. Elle est proposée à 9 500 CHF en acier et 14 500 CHF en or rouge 18 carats.
Sources : le communiqué de presse et la présentation officielle de Blancpain, ainsi que les analyses de Monochrome Watches et de Revolution. Photos : Blancpain (blancpain.com).

